Nael et la boussole de l’entreprise

Quand la stratégie reste au mur et que les actions partent dans tous les sens

Aujourd’hui, Nael a 8 ans, un gilet trop grand sur le dos, et une nouvelle mission :
découvrir comment une entreprise décide où elle va.

Sa tante Lila lui a promis :

« Tu vas voir, on a fait une grande réunion stratégie, on a une vision 2028, des axes, des plans… C’est super sérieux. »

Nael ne sait pas ce que veut dire “vision 2028”,
mais il aime bien le mot “vision” : ça lui fait penser à une carte au trésor.


1. La salle où tout le monde regarde dans la même direction… sur le papier

Lila emmène Nael dans une grande salle de réunion.

Au mur, des affiches plastifiées, des flèches, des tableaux en couleurs :

  • “Vision 2028”
  • “3 axes stratégiques”
  • “Feuille de route”
  • “Plan de transformation”

Nael s’approche.

Sur un panneau, il lit :

Axe 1 : Mieux servir le client
Axe 2 : Simplifier nos processus
Axe 3 : Faire grandir les équipes

Ça lui plaît bien. On dirait presque des règles de classe.

Les managers arrivent. Le directeur aussi.
Tout le monde s’assoit, on parle de “roadmap”, de “cap”, de “pilotage”.

Le directeur montre la grande flèche au mur :

« Voilà notre direction. Tous alignés vers le même objectif. »

Nael le regarde.
Puis regarde la flèche, regarde les visages autour de la table.

Et il se demande :

“OK, mais demain matin à 9h, ils font quoi, pour de vrai ?”


2. Retour au terrain : chacun sa petite boussole

Après la réunion, Lila emmène Nael dans l’atelier et au bureau.

Nael écoute.

À l’atelier, il entend :

  • « Aujourd’hui, l’objectif, c’est sortir les pièces, le reste on verra. »
  • « On fait comme d’habitude, sinon on va se planter. »

Au bureau, il entend :

  • « Je ne sais pas ce qu’ils veulent vraiment au COMEX, donc je sécurise ce fichier et basta. »
  • « Leur projet, là, c’est bien beau, mais moi j’ai mes urgences. »

Nael s’arrête au milieu du couloir.

— « Lila, c’est où la vision 2028 ici ? »

— « Comment ça ? »

— « Ben, dans la salle, tout le monde regarde le même dessin.
Mais ici, chacun regarde son bout de table, son mail, sa machine.
On dirait que la grande flèche est restée accrochée au mur… »

Lila sourit jaune.

— « Tu n’as pas tort. On a une belle boussole au siège… mais dans le sac à dos du quotidien, elle n’est pas toujours là. »


3. “Ton objectif du jour, c’est quoi ?”

Nael décide de mener sa petite enquête.

Il va voir un opérateur.

— « Ton objectif du jour, c’est quoi ? »

— « Ben… que ça ne casse pas, que je me fasse pas engueuler, et sortir ce qu’on m’a demandé. »

Il va voir une personne au service client.

— « Et toi, ton objectif du jour ? »

— « Répondre à tous les mails, éteindre les incendies, et survivre aux coups de fil. »

Il va voir un manager.

— « Et toi ? »

— « Faire passer les infos, remplir le tableau d’indicateurs, et faire en sorte que ça ne bloque pas trop. »

Nael compte sur ses doigts.

Personne ne lui a répondu :
“Mon objectif du jour, c’est de rapprocher l’entreprise de sa vision.”

Pourtant, il a bien vu des phrases comme “Mieux servir le client” ou “Faire grandir les équipes” dans la salle de réunion.
Nulle part, il n’a vu “cocher des cases dans un Excel jusqu’à 18h”.


4. Quand la stratégie parle chinois

Le lendemain, Nael retourne dans la salle de réunion avec Lila.

La grande affiche “Vision 2028” est toujours là.
Mais cette fois, il demande au directeur :

— « Monsieur, je peux vous poser une question ? »

— « Bien sûr, Nael. »

— « Si je vais voir un opérateur, un commercial ou quelqu’un au service client, et que je leur demande :
“Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui pour avancer vers la vision 2028 ?”
Est-ce qu’ils savent répondre ? »

Le directeur reste silencieux une seconde de trop.

— « Euh… pas toujours, non. Mais on leur a présenté la stratégie. »

Nael penche la tête.

— « À l’école, quand la maîtresse nous explique un projet, elle fait un dessin au tableau… puis elle dit ce qu’on doit faire cette semaine, aujourd’hui, maintenant.
Sinon, on trouve ça joli, mais on ne sait pas par quel bout commencer.
Votre stratégie, elle est jolie. Mais elle parle chinois dans l’atelier. »

Lila étouffe un sourire.
Quelques managers aussi.


5. Transformer la grande flèche en petits pas

Nael prend un marqueur (sous l’œil un peu inquiet du directeur) et dessine une petite échelle sous la grande flèche “Vision 2028”.

Il écrit :

  • En haut : Vision
  • Au milieu : Objectifs annuels
  • En bas : Objectifs du jour

Puis il se tourne vers le groupe :

— « Si vous voulez que tout le monde aille dans la même direction, il faut :

  1. Une grande flèche pour savoir où on va.
  2. Des marches pour descendre jusqu’au sol.
  3. Et dire à chacun : “Aujourd’hui, ta marche à toi, c’est ça.” »

Un manager réagit :

— « Tu veux dire qu’on doit transformer la stratégie en choses concrètes pour chaque équipe, chaque jour ? »

— « Ben oui », répond Naël.
« Sinon, c’est comme dire : un jour, tu iras sur la lune… mais sans dire par où tu commences demain matin. »


6. Le tableau du matin

Quelques semaines plus tard, Nael revient.

Dans l’atelier, il voit un nouveau rituel :
autour d’un tableau blanc, l’équipe se réunit chaque matin pendant 10 minutes.

En haut du tableau :

Notre cap : Mieux servir le client, simplifier, faire grandir l’équipe

En dessous, trois colonnes simples :

  • Cette semaine
  • Aujourd’hui
  • Qui fait quoi

Nael écoute.

Le manager dit :

— « Cette semaine, pour “mieux servir le client”, on doit réduire les retards sur la ligne 2.
Aujourd’hui, notre objectif, c’est de finir toutes les commandes prévues avant 16h sans retours qualité.
Concrètement, ça veut dire :

  • Paul : tu surveilles les premiers articles de chaque changement de série,
  • Samira : tu notes les problèmes qualité qu’on voit,
  • et moi, je m’engage à remonter les blocages au chef de service. »

Nael sourit.

Cette fois, il peut relier le discours du matin aux grandes affiches de la stratégie.
La vision n’est plus un poster : elle a atterri dans la journée des gens.


7. Ce que Naël nous rappelle sur l’alignement

Au fond, Nael ne connaît ni le mot “alignment”, ni “Hoshin”, ni “déclinaison stratégique”.
Mais il voit très bien quand :

  • la direction parle de “vision”,
  • les équipes parlent de “se débrouiller”,
  • et le quotidien parle d’urgences.

Pour lui, c’est simple :

« Si la tête dit aller à droite, que les pieds vont à gauche et que les mains courent partout…
on ne danse pas, on se disperse. »

Pour ton entreprise, quelques questions à la Nael

Si je demande à 5 personnes au hasard :
“C’est quoi l’objectif de ton équipe cette semaine ?”
Est-ce qu’elles me répondent la même chose ?

Est-ce que mes rituels du matin parlent :

  • des urgences ?
  • ou de la contribution de la journée au cap global ?

Nos tableaux muraux :

  • sont-ils là pour décorer ?
  • ou pour guider des décisions concrètes, aujourd’hui, maintenant ?

Qui fait le lien entre “Vision 2028” et “mardi 9h sur la ligne 3” ?

  • Personne ?
  • Quelques managers isolés ?
  • Ou une démarche structurée et partagée ?

Parce qu’au final, Nael a mis le doigt sur l’essentiel :

Une stratégie qui ne descend pas dans le quotidien,
c’est comme une carte au trésor qu’on n’ouvre jamais.

Et parfois, il suffit du regard d’un enfant de 8 ans pour oser poser la question :

« OK, on veut aller là-bas.
Mais moi, aujourd’hui… je fais quoi qui y contribue vraiment ? »


Je suis Jérémy LIENNASSON – Fondateur de Rési-Lean

🌿 J’accompagne les entreprises vers une performance plus humaine, plus durable, plus résiliente

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