Nael un leader en herbe

NaeL, c’est un petit garçon de 8 ans avec un radar à absurdités d’adultes réglé au maximum.
Gilet fluo sur le dos, yeux grands ouverts, il débarque dans l’atelier et pose les questions que personne n’ose poser :

« Pourquoi vous vous parlez comme ça ? »,
« Pourquoi tout est urgent, tout le temps ? »

À travers son regard d’enfant, NaeL met en lumière ce que nous avons parfois laissé sur le bord de la route : le respect, le bon sens, l’écoute, la cohésion.
Il ne donne pas de leçons, il rappelle juste ce qu’on nous a appris en maternelle… et qu’on a un peu oublié en grandissant.


Nael et les pièces qu’on refait deux fois

Quand Nael pousse la porte de l’usine de sa tante Lila ce matin-là, il a déjà tout ce qu’il lui faut :
un gilet fluo trop grand pour lui, des chaussures de sécurité qui claquent un peu en marchant…
et surtout, un radar parfaitement réglé sur ce que les adultes ne voient plus.

Aujourd’hui, il ne le sait pas encore, mais il va tomber sur l’un des plus gros secrets de l’atelier :
on ne fait pas toujours bien du premier coup. Et surtout… tout le monde a l’air de trouver ça “normal”.


« C’est quoi, cette caisse de pièces moches ? »

Ils viennent à peine de quitter les vestiaires que Nael est déjà arrêté net.

À gauche de l’allée principale, une grande caisse en plastique déborde de pièces rayées, tordues, mal percées.
Un opérateur en ajoute une de plus, sans même la regarder.

Nael fronce les sourcils.

— « Tante Lila, c’est quoi cette caisse ? On dirait le coin des dessins ratés à l’école… »

Lila esquisse un sourire.

— « C’est un peu ça. On appelle ça les rebuts. Ou les pièces à reprendre. Celles qui ne sont pas bonnes du premier coup. »

Nael ouvre de grands yeux.

— « Donc… vous avez une caisse spéciale pour ce que vous ratez ? »

— « Oui. On trie, on voit ce qu’on peut réparer, ce qu’on doit jeter… C’est comme ça. »

Nael ne dit rien, mais son cerveau de 8 ans fait déjà ses petits calculs :
beaucoup de pièces, beaucoup de temps, beaucoup d’énergie… pour quelque chose qu’on ne voulait pas faire au départ.

À l’école, quand il rate son exercice, il prend une nouvelle feuille, il corrige, et on lui explique ce qui n’a pas été compris.
Ici, il n’a pas encore vu où on expliquait.


L’homme qui passe sa journée à réparer les erreurs des autres

Un peu plus loin, Lila lui présente “le poste de retouche”.

Un opérateur est assis à une table, entouré de pièces, avec des outils, des gabarits, un pied à coulisse, du papier abrasif.

— « Tu fais quoi toi ? » demande Naël.

— « Je corrige ce qui n’est pas bon, quand ça sort de l’atelier. Je mesure, je retouche, je ponce, je rectifie. »

Nael le regarde travailler quelques secondes.

— « Et… tu fabriques des pièces nouvelles aussi ? »

— « Non, je ne fais que de la reprise. Que du rattrapage. »

Silence.

Dans la tête de Nael, ça fait :

“Donc il y a des gens qui passent leur journée à refaire ce qui a déjà été fait… mais pas bien.”

Ça lui rappelle un peu quand il doit ranger la chambre que son petit cousin a déjà retournée trois fois dans la journée.
Sauf qu’ici, personne n’a l’air de trouver ça drôle.


« On livre, on verra pour le reste »

Plus ils avancent dans l’atelier, plus Nael entend la même musique :

— « On n’a pas le temps, il faut livrer. »
— « On reprendra ce soir si besoin. »
— « Là, on envoie, sinon on va se faire démonter. »

Devant un écran, un chef donne ses consignes :

— « L’objectif, c’est que le camion parte à l’heure. Si ce n’est pas parfait, on fera un tri après. »

Nael se tourne vers Lila.

— « Mais, vous n’avez pas dit que le client voulait des bonnes pièces ? »

— « Si. Mais on a appris à courir d’abord, à corriger après. »

Et là, ça bloque pour Nael.

À l’école, quand il fait un contrôle de maths, il n’y a pas un adulte derrière lui pour corriger toutes ses erreurs avant de rendre la copie.
Ce qui compte, c’est ce qu’il fait lui.

Ici, on dirait qu’on a organisé toute une chaîne pour rattraper ce que personne n’a pris le temps de sécuriser au départ.


La pièce qu’on laisse passer… “pour l’instant”

Nael s’arrête près d’une machine.

Une pièce en sort. Légère rayure.
Pas grand-chose, mais quand même.

L’opérateur la regarde. Il hésite.
Puis la pose dans un petit bac sur le côté, sans rien dire.

Nael s’approche.

— « Elle est abîmée, non ? »

— « Oui, un peu. On verra plus tard si on la reprend. Là, il faut que ça tourne. »

Nael penche la tête.

— « Nous, à l’école, si ton dessin est taché, la maîtresse dit : “Efface tout de suite, sinon tu vas étaler la tache partout.”
Pourquoi ici vous laissez la tache avancer sur la ligne ? »

L’opérateur le regarde, un peu surpris.

— « Parce que… on a appris à laisser filer. On a pris l’habitude. »

Ce mot-là, “habitude”, reste accroché à Nael.
Ce n’est pas qu’ils ne voient pas le problème.
C’est qu’ils ont fini par vivre avec.


« Vous voulez livrer des pièces… ou des bonnes pièces ? »

Plus tard, Nael et Lila montent au bureau du chef.

Un bureau vitré qui donne sur l’atelier, avec un grand écran plein de chiffres :
Taux de service.
Retard.
Camions.
Rien sur la qualité du premier coup.

Nael le regarde droit dans les yeux.

— « Monsieur, je peux poser une question ? »

— « Vas-y. »

— « Vous voulez livrer des pièces, ou des bonnes pièces livrées ? »

Le chef rit, pensant à une blague.

— « Des bonnes pièces livrées, évidemment. »

— « Parce que… dans l’atelier, j’ai vu :

  • une caisse pour les ratés,
  • un monsieur qui passe sa journée à réparer,
  • des pièces qu’on met de côté en se disant “on verra plus tard”…
    On dirait que vous avez organisé tout un système pour vivre avec le “pas bon du premier coup”. »

Le rire du chef se fige un peu.

Lila rajoute doucement :

— « C’est vrai qu’on passe plus de temps à rattraper qu’à sécuriser. On a pris le réflexe de livrer d’abord, comprendre après. »

Nael hausse les épaules, comme si la réponse était évidente.

— « Nous, à l’école, la maîtresse nous dit :
“Si tu veux avoir moins de ratures, écris doucement dès le début.”
Vous, vous avez appris quoi ici ? »

Le chef regarde l’atelier à travers la vitre.
Ce n’est pas un reproche qu’il entend.
C’est un miroir.


Un petit geste qui change la trajectoire

Le lendemain, Nael n’est plus là.
Mais quelque chose est resté.

Au pied de la machine où l’opérateur mettait les pièces “on verra plus tard”, un petit panneau est apparu :

**“Si tu vois un défaut :

  1. Tu l’arrêtes.
  2. Tu le signales.
  3. On le traite.”**

Trois lignes et une phrase du chef, à la pause :

— « À partir d’aujourd’hui, vous avez le droit d’arrêter la ligne si ce qui sort n’est pas bon.
Je préfère qu’on perde 5 minutes maintenant plutôt 5 heures à reprendre ce soir. »

L’opérateur du poste de retouche, lui, voit ses bacs baisser doucement.
Il n’est plus “l’éponge” de l’atelier, juste un maillon de la chaîne, comme les autres.

Personne n’a crié victoire.
Mais on a commencé à se poser d’autres questions que “Est-ce que le camion part ?”.
On a recommencé à se demander :

“Est-ce qu’on est fiers de ce qu’on envoie ?”


Ce que Nael nous rappelle sur la qualité

Derrière cette histoire d’enfant en gilet fluo, il y a un message très adulte.

1. Livrer n’est pas un objectif en soi

Livrer, c’est nécessaire.
Livrer juste, c’est ce qui crée de la confiance.

Courir pour mettre quelque chose dans un camion, n’importe quoi, le plus vite possible…
ce n’est pas de la performance, c’est de la survie organisée.

2. Le coût des retouches, c’est du temps de vie

Chaque pièce à reprendre, chaque retouche, chaque tri, c’est :

  • du temps non prévu,
  • de la fatigue en plus,
  • des soirées rallongées,
  • des équipes qui se disent “à quoi bon faire bien ? On rattrapera.”

Ce n’est pas qu’une ligne “Rebut” sur un tableau : c’est du moral consommé.

3. “Faire bon du premier coup” n’est pas un slogan

C’est un choix :

  • donner le droit d’arrêter la ligne,
  • traiter les problèmes à la source plutôt que les cacher dans une caisse,
  • accepter de perdre quelques minutes pour en gagner des heures,
  • impliquer ceux qui voient les défauts au quotidien.

Ce n’est pas magique.
Mais c’est ce qui redonne du sens à ce qu’on fait, et de la fierté à ceux qui le font.


Je suis Jérémy LIENNASSON – Fondateur de Rési-Lean

🌿 J’accompagne les entreprises vers une performance plus humaine, plus durable, plus résiliente

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